Alphonse Legros Le lutrin

Chant et rite à la messe


« Chantons toujours... Le jour de la Saint-Vincent 1795, la ci-devant église paroissiale de Sainte-Pallaye résonne de cette cinglante réponse d'un villageois aux officiers municipaux venus l'interpeller. Entouré d'autres habitants réunis pour faire la messe en l'absence de prêtre, il riposte verbalement aux représentants du nouveau régime, et désigne par la même occasion ce qui apparaît comme le signe efficace et rassurant du rite qu'il prétend accomplir : le plain-chant exécuté par lui et ses compagnons du lutrin. Perdue dans la masse des rapports de l'administration révolutionnaire, la trace de la détermination de ces chantres pose pourtant un singulier problème. Attribut ecclésiastique, le plain-chant est ici revendiqué par un groupe de laïques ; nécessitant des connaissances techniques particulières et reposant sur des textes latins, ce chant semble familier aux peu-lisants d'un bourg rural. Se jouant des frontières culturelles, le plain-chant des campagnes se révèle être, au hasard de cet incident, étroitement chevillé à la société d'Ancien Régime. »

Ainsi présente la quatrième de couverture le livre de Xavier Bisaro « Chanter toujours – Plain-chant et religion villageoise dans la France moderne (XVI°-XIX° siècle) », paru aux Presses Universitaires de Rennes, coll . Histoire, en 2010.

Je viens d’achever la lecture passionnante de cet ouvrage. Elle l’est à plusieurs titres : les conditions de la pratique courante du plain-chant après le Concile de Tente dans les paroisses est peu connue et si la Révolution les a profondément modifiées, il n’en reste pas moins que certains aspects perdurèrent jusqu’au concile Vatican II.

Nous ne résumerons pas un livre aussi riche de documentation historique mais nous essaierons surtout de voir, grâce aux éclairages qu’il fournit comment l’interprétation de la Constitution De Sacra liturgia (1963) du Concile Vatican II vint mettre fin définitivement à une tradition cantorale multiséculaire dans un contexte qu’on peut également qualifier de « révolutionnaire » et dont je fus le jeune témoin. Nous verrons ensuite que la disparition de cette tradition cantorale s’accompagne d’une perte de sens de la notion de rite dont on se demande comment elle évoluera dans l’avenir.

Photo d'en-tête : "Le lutrin" (1865)  par Alphonse Legros (1837-1911), Petit-Palais, Paris

Photo ci-dessous : couverture du livre de Xavier Bisaro, "Chanter toujours" : "Chantres au lutrin" par A. de La Plesse (1895), presbytère de Vitré. Le plain-chant pouvait être accompagné  de l'instrument appelé "serpent" (le serpentiste est habillé d'un simple surplis).

Chanter toujours

Du Concile de Trente (1545-1563) à la Révolution

Le chant qu’on appelle maintenant « grégorien », monophonique, céda peu à peu la place à une polyphonie de plus en plus développée pendant le Moyen-Age. Le Concile de Trente en réaction à la Réforme protestante qui développait un chant en langue vernaculaire destiné à être chanté par toute l’assemblée, mit l’accent sur une simplification de la monophonie grégorienne développée parfois en de longs mélismes et qui pourra devenir ainsi plus accessible aux fidèles. Divers courants, à travers les diocèses et les abbayes, conduisirent la réforme du plain-chant (plain : « qui doit être simple et uni » d’après Nivers) ; celle-ci subit aussi l’influence du chant baroque avec le développement d’une ornementation possible laissée largement à l’initiative des interprètes (voir complément 1)

Inspirées des écoles rattachées aux cathédrales ou maîtrises, mais de niveau et d’envergure sans commune mesure, furent crées dans toutes les paroisses des écoles où un magister, ou régent, enseignait aux garçons à lire, chanter le plain-chant et éventuellement à écrire et calculer. Le magister, ou maître, était aussi le chantre principal de la paroisse assisté de quelques autres hommes. Il était assujetti à assurer au lutrin le chant de toutes les messes y compris en semaine pour les messes de fondation. Il venait à l’église voisine de l’école avec les enfants, une ou plusieurs fois par jour, pour chanter quelque antienne ou hymne. Il était recruté et rétribué par la paroisse et les parents.

L’assemblée, surtout les hommes qui avaient été formés par le magister, pouvait se joindre aux chantres du lutrin pour chanter l’Ordinaire (Kyrie, Gloria …), les proses et les hymnes. Les femmes prirent aussi peu à peu l’habitude de participer.

A l’époque la messe chantée était la norme. Le rituel prévoyait que le curé continuait les rites silencieusement pendant le chant ; par exemple, la fin du chant du Sanctus coïncidait à peu près avec l’annonce par la sonnette du Hanc igitur préparatoire à la consécration. J’ai connu cette manière de faire encore au début des années soixante (Sur la définition de "l'objet rituel" appliquée en particulier au rituel tridentin, voir dans le complément 2 des extraits de Te Igitur, ouvrage de François Cassingéna-Trévedy).

Ainsi le lien se distendait entre le rite du sacrifice de la messe murmuré par le prêtre au loin à l’autel, dos à l’assemblée, et le chant de l’Ordinaire et du Propre (introït, graduel …) assuré par les chantres qui rivalisaient de puissance sonore.

Les chantres principaux étaient revêtus de chapes de la couleur liturgique du jour et siégeaient face au lutrin sur des tabourets surélevés. Au début des années soixante j’ai encore vu des chants en chape noire sur leurs tabourets pour les messes d’enterrement.

Ainsi la messe était celle des chantres plutôt que celle du prêtre. Le plain-chant, comme le souligne Xavier Bisaro, était véritablement ressenti comme une identification culturelle par la communauté villageoise. On peut encore percevoir cette réalité dans le chant religieux corse tel qu’il est de plus en plus remis à l’honneur.

La Révolution priva les paroisses de curé et furent alors célébrées des « messes blanches » sans consécration avec uniquement les chants usuels assurés par les chantres et la lecture ou le chant de l’épître et de l’évangile.

Les écoles furent maintenues, le magister fut rétribué par la Nation mais, les années passant et les mentalités changeant, l’enseignement se laïcisa et le maître s’acquitta plus difficilement de sa charge de chantre principal.

Ci-dessous : "Messe à la cathédrale d'Amiens" (19° s.)

On voit clairement la distanciation importante entre le lutrin installé au milieu du choeur et le célébrant au maître-autel perdu au fond de la cathédrale.

Messe à la cathédrale d'Amiens

De la Révolution au Concile Vatican II

Durant le 19° siècle, la laïcisation progressive de la société, le rejet progressif des symboles de l’Ancien Régime, dont la pratique des chantres devenus très conservateurs et imbus de leur place privilégiée au sein de la communauté, entraîna une profonde mutation. Le programme des écoles fut laïcisé et enrichi, échappa à l’autorité de l’Eglise et, à la place de l’enseignement du plain-chant, les programmes stipulent alors celui du chant.

La transmission de la pratique du plain-chant fut moins institutionnelle. Le curé l’assura parfois au sein de chorales paroissiales qui se développèrent sans pour autant négliger le rôle des chantres au sein de la liturgie.

A partir de la moitié du 19° siècle, deux autres évolutions concoururent à mettre à mal le lutrin (ainsi appelait-on les chantres réunis autour du lutrin) : la réforme solesmienne s’imposa peu à peu face à une institution cantorale décadente (mauvaise qualité du chant par manque de formation, nombreuses versions des pièces de plain-chant propres à des diocèses). Se manifesta également de la part de certains évêques le souhait d’une plus grande participation des fidèles.

Sous l’influence en particulier de nouvelles congrégations, les cantiques en français se développèrent, troublant l’identification séculaire des communautés au plain-chant.

Sous l’impulsion de Pie X, pape de 1903 à 1914, vont paraître, bénéficiant des travaux de l’abbaye de Solesmes, en 1908, l’édition typique du Graduel romain et, en 1912, celle de l’antiphonaire, qui s’imposent désormais à l’Eglise Universelle.

L’action de ce pape dans les domaines de la liturgie et de la musique sacrée confortera le Mouvement liturgique qui animera tout un renouveau des arts sacrés et de la liturgie jusqu’à la veille du Concile Vatican II. Ce courant prenait place dans un renouveau plus large (biblique, patristique, théologique …) où la France joua d’ailleurs un rôle important.

Le chant grégorien connut alors un renouveau (recherche, formation, création de Scholae …) et inspira de nombreux compositeurs tant pour l’orgue que pour la polyphonie.

Photo ci-dessous : "Le lutrin d'Aulnay-les-Bondy" (1887) par Edmond de Bois Lecomte (1849-1922), Musée d'Art et d'archéologie de Senlis. Les chantres, habillés de simples suplis,  sont dans les stalles et accompagnés de l'ophicléide.

Le-lutrin-d-Aulnay-les-Bondy

A partir du Concile Vatican II

La constitution conciliaire De Sacra liturgia (1963) devait confirmer ce grand mouvement en l’inscrivant dans le cadre encore plus large de l’aggiornamento général de l’Eglise.

Pour ce qui concerne plus particulièrement le chant grégorien, il confirme sa prééminence :

116. L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place.

Les autres genres de musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec l’esprit de l’action liturgique, conformément à l’article 30.

117. L’édition des livres de chant grégorien

On achèvera l’édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on procurera une édition plus critique des livres déjà édités postérieurement à la restauration de saint Pie X.

Il convient aussi que l’on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l’usage des petites églises.

118. Le chant religieux populaire

Le chant religieux populaire sera intelligemment favorisé pour que, dans les exercices pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes, conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix des fidèles puissent se faire entendre.

Comme on le voit dans ces trois articles de la constitution il n’était pas question de bannir le chant grégorien des offices et ce fut pourtant ce qui advint sous la pression des « Sans chasubles » et des officines liturgiques qui imposèrent sans discussion leur diktat.

On pourra se reporter à un article sur mon blog où je décris l’abomination de la désolation à laquelle jeune adolescent j’assistai tristement et révolté surtout de voir s’installer un peu partout la laideur **.

Le départ de nombreux fidèles, définitif ou vers les dérives schismatiques de Mgr Lefebvre, n’aurait pas eu lieu si les pasteurs de l’époque, dont on pouvait comprendre la volonté d’associer plus étroitement les fidèles à la liturgie, n’avaient pas fait table rase du passé. Combien de fois ai-je entendu des gens, même simples et peu cultivés, regretter les offices qu’ils avaient coutume de fréquenter (chants en latin et français traditionnels, solennité et mystère du rituel), peut-être, il est vrai, dans le cadre d’un rituel sociétal : « cela ne vaut plus le coup d’aller à la messe … »

Quelques chorales essayèrent de résister, bientôt chassées par des curés qui ne s’encombrèrent guère de considérations de charité chrétienne, et même tout simplement humaines. Malheureusement, et contrairement à l’époque révolutionnaire, la formation au chant n’était plus guère développée et il ne se trouva pas des chanteurs pour chanter des « messes blanches » soutenus par des fidèles décidés à défendre leur identité à travers le chant, les curés étant encore assez nombreux pour faire barrage à toute « révolte ».

Le plus curieux est que parmi ces simples fidèles perturbés par ce charivari liturgique beaucoup reprochaient parallèlement à l’Eglise de rester sur des positions conservatrices en particulier dans le domaine de la morale sexuelle.

Cette acceptation de libérer complètement le rite liturgique donnait en quelque sorte le change au conservatisme dogmatique qui lui était reproché. Encore aujourd’hui, l’introduction du rap, du rock et autres pop music au sein des liturgies promues d’une manière toute particulière par ces communautés nouvelles qui repoussent par ailleurs chant grégorien et orgue, masque le conservatisme d’une partie de l’Eglise dirigée par de jeunes ensoutanés qui regrettent un temps passé qu’ils n’ont pas connu et dont ils n’ont pas fait tout le tour des caractéristiques liturgiques et ecclésiales.

Ci-dessous : chantre d'aujourd'hui (c'est le nom donné maintenant aux animateurs d'après concile). (Photo : Portail de la liturgie catholique)

Chantre aujourd'hui

De l’appartenance rituelle à la teuf …

Tout signe d’appartenance rituelle à une religion universelle (sens du mot catholique) étant maintenant impossible sur le plan du chant liturgique, le rassemblement appelé messe - il arrive même qu’on oublie le mot eucharistie ** – se présente comme une simple fête qui sollicite la seule émotivité née d’une extase musicale parfois renforcée par une expression corporelle. La messe se confond avec une notion vague de louange dont l’expression littéraire est des plus limitées et s’inscrit dans un cadre musical qui doit tout aux standards musicaux commerciaux sans en avoir forcément le professionnalisme.

Du passé il est fait table rase, le rite n’existe plus car il est fondamentalement une expression humaine symbolique de croyances qui s’inscrit dans un temps long. Est rituel ce qui se répète depuis « toujours ». L’eucharistie a été initiée par Jésus dans le cadre du repas rituel de la Pâque. Elle n’est pas seulement un repas, ni un rassemblement festif. Le rite suppose un « dépaysement » par rapport aux gestes habituels. Il suppose un rituel codifié, une mise en scène « religieuse » susceptible de dire, chanter l’au-delà, l’Autre.

Mais il en va des rites comme de toute institution humaine ; ils peuvent devenir de simples coutumes, vidées de leur sens originel. Finalement ce fut peut-être le cas du plain chant à l’époque révolutionnaire. Quand le célébrant a l’habitude de dire à voix basse sa messe pendant que des voix s’égosillent au lutrin, quand on peut chanter des « messes blanches », on peut dire que le sens originel du rite a disparu. De l’appartenance rituelle on est passé à un rite d’appartenance.

Quand on chante, et danse parfois, sur des standards commerciaux reproduits, avec plus ou moins d’habileté, pour copier une « teuf », on reste dans les mondanités. Il n’y a pas de « dépaysement », le rite est celui du concert pop conventionnel (sonorisation poussée, machine à fumée, écran …) avec une simple exaltation hic et nunc des sens pour tenter d’approcher du « sacré ».

Ci-dessous : messe ou concert ? avec le groupe pop Glorious

Messe avec Glorious

A la célébration en l’absence de ministre ordonné …

Que penser maintenant de la revendication à célébrer de plus en plus de catholiques à la suite du manque de prêtres ou de l’interdiction des messes lors du dernier confinement ? Ils cherchent à s’orienter vers des célébrations domestiques où la liturgie de la Parole serait particulièrement développée avec échange entre les participants sur les textes des Ecritures et aussi témoignages. Certains proposent même un partage à vocation eucharistique. Toutes ces liturgies n’ont évidemment plus rien à voir avec le rite traditionnel. Ils s’inquiètent alors d’un lien qui pourrait les rattacher à l’Eglise universelle en l’absence d’un ministre ordonné. ***

Comme nous l’avons déjà dit, le geste du partage eucharistique institué par le Christ s’insère au cours d’un rituel, celui de la Pâque juive. Les repas qui s’inscrivent dans le cadre des fêtes juives suivent un rituel très riche et précis. Peut-on organiser un rassemblement autour de la Parole et peut-être même un partage à vocation eucharistique sans tenir compte de l’aspect rituel de l’eucharistie qui hérite de son institution et d’une longue Tradition ?

Avec quels chants ?

Enfin, pour revenir à nos premières préoccupations, quels chants choisir pour accompagner ces célébrations ? Dans ce qui peut se pratiquer ici ou là, on ne voit guère d’originalité et ces satanées chansonnettes des communautés nouvelles et autres « gouzinades » occupent une place prépondérante.

Le chant liturgique, autrefois plain-chant si rattaché au rituel au point, nous l’avons vu, d’en éclipser les autres composantes, est devenu un simple utilitaire pour faire participer les fidèles, émouvoir leur religiosité. Comme le constatent les musiciens d’Eglise (organistes, chanteurs formés), sa qualité musicale est alors devenue secondaire et s’est dégradée. La composition et la mise en œuvre du chant relèvent de la simple bonne volonté : toute personne qui possède un logiciel Midi ou ne craint pas d’affronter l’assistance devant un micro est estimée compétente, pour « rendre service ».

Tout en envisageant des évolutions possibles, de cet âge d’or du plain-chant pourrions-nous au moins retenir son lien fort initial avec le rite (même s’il s’est ensuite distendu), son inscription dans une tradition musicale millénaire, la nécessité d’une formation pour les chantres et son imprégnation chez les fidèles qui, même s’ils ne participent pas au chant du Propre de la messe (introït, graduel …) mais seulement au chant de l’Ordinaire (Kyrie, gloria …), des proses et des hymnes, le reconnaissent comme le chant signe de leur communauté rassemblée autour d’un rituel auquel ils ont même fini par le confondre.

Ci-dessous : célébration dominicale de la Parole dans le cadre d'un groupe rassemblé par la Conférence Catholique des Baptisés Francophones (CCBF). https://baptises.fr/rubrique/celebrations-dominicales-parole

celebration_parole

Peut-on se passer de rites ?

Certains pourraient l’affirmer en fonction de la désacralisation de la société. Quand on voit se maintenir la fête de Noël dans toutes les catégories sociales et s’institutionnaliser de plus en plus des rites liés aux vacances, ou à des pratiques associatives par exemple, on peut affirmer que le rite appartient à l’âme humaine. Il faudrait souligner l’importance des rites dans toutes les sociétés depuis la nuit des temps (art pariétal préhistorique) et l’inscription de ceux-ci dans une cosmogonie, rites religieux bientôt complétés par l’institution de

- de rituels royaux : par exemple à Versailles du temps de Louis XIV

https://fr.wikipedia.org/wiki/Us_et_coutumes_%C3%A...

- puis républicains : par exemple la cérémonie au monument aux morts

https://www.defense.gouv.fr/memoire/memoire/ceremo...

lire la fiche « les différentes phases d’une cérémonie »

file:///C:/Users/pleco/Downloads/Les%20diff%C3%A9rentes%20phases%20d_'une%20c%C3%A9r%C3%A9monie.pdf

Voir aussi le diaporama d’une cérémonie au monument aux morts à Lavelanet (Ariège) à l’occasion de la Fête Nationale :

http://www.mairie-lavelanet.fr/fr/actualite/79757/...

Ces rites sont également accompagnés de musiques caractéristiques :

- A la cour :

https://cmbv.fr/fr/decouvrir-le-baroque/musique-a-...

- La sonnerie aux morts (suivie de la minute de silence puis de la Marseillaise) :

https://msonneries.com/aux-morts/

Nous espérons écrire prochainement un article mettant en évidence le lien entre le chant rituel catholique (chant grégorien) et la Création dont le rythme des jours et des saisons est en lui-même un rite.

Philippe Lecoq

29 octobre 2020.

Ci-dessous : "Chantres devant un lutrin", Psautier de Jean du Berry (vers 1386)

Psautier Jean du Berry

Notes :

**Sur le sens de l’eucharistie et son rite, je renvoie aux articles de mon blog « Bible : Parole et paroles » :

*** Lire à ce propos sur le site « Garrigues et sentiers » l’article de Jean-Luc Lecat Nous n'irons plus à " la messe "... nous irons à la rencontre... auquel j’apporte un commentaire : http://www.garriguesetsentiers.org/2020/09/nous-n-irons-plus-a-la-messe.nous-irons-a-la-rencontre.html

Lire aussi le témoignage qui lui fait suite Choses vues et vécues dans une communauté chrétienne de Marseille :

http://www.garriguesetsentiers.org/2020/10/choses-vues-et-vecues-dans-une-communaute-chretienne-de-marseille.html

eustache-berat-chantres-à-léglise

Ci-dessus : "Chantres à l'église" (1855) par Eustache Berat (1792-1884). On perçoit ici une satire de la forme traditionnelle du lutrin qui entre au milieu du 19° s. dans une longue période de déclin.

Complément 1

Plain-chant et chant grégorien

Comme nous l'avons déjà dit, le Concile de Trente en réaction à la Réforme protestante qui développait un chant en langue vernaculaire destiné à être chanté par toute l’assemblée, mit l’accent sur une simplification de la monophonie grégorienne développée parfois en de longs mélismes et qui pourra devenir ainsi plus accessible aux fidèles. Divers courants, à travers les diocèses et les abbayes, conduisirent la réforme du plain-chant (plain : « qui doit être simple et uni » d’après Nivers) ; celle-ci subit aussi l’influence du chant baroque avec le développement d’une ornementation possible laissée largement à l’initiative des interprètes.

Le plain chant utilise trois principales figures de notes : 

La note carrée avec une hampe vaut deux notes carrées ordinaires

Une note carrée ordinaire vaut deux notes losangées.

La comparaison de la version plain-chant du graduel de Pâques Haec dies avec la version grégorienne restituée par l'abbaye de Solesmes permet de mettre en valeur la simplification entreprise dans le plain-chant en supprimant des mélismes.

Plain-chant : Offices du matin et du soir selon le rit romain, notés en plain-chant, partie hiver, à l'usage du diocèse de Rouen, Ed. Fleury, Rouen, 1861, p. 445

Chant grégorien : Missel grégorien des dimanches noté en chant grégorien par les moines de Solesmes, Ed. Solesmes, 1985, p. 350.

Haec dies plain chant

Haec dies Solesmes

Complément 2

François Cassingéna-Trévedy s’est intéressé à définir ce qu’il appelle le « carré liturgique » dans son ouvrage consacré au rituel tridentin « Te Igitur » (Ed. Ad Solem, 2007). Nous avons reproduit les pages 31 à 33 qui enrichissent notre propos présent.

Nous demandons à l'auteur et à l'éditeur de bien vouloir nous pardonner ce long emprunt à ce livre capital toujours disponible pour ceux qui s'intéressent à la liturgie en dehors de toute revendication partisane.

Te Igitur 1

Te Igitur 2

Te Igitur 3